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Avocats & Juristes d'entreprise : un mariage de raison

Conseil en Recrutement Juridique et Fiscal, Juriste de formation, d'expérience...et de coeur
Frédéric Foucard

Pour faire écho à la passionnante rencontre-débat sur le thème "MARIONS-NOUS ?"* qui s'est tenue le 21 mars à Neuilly autour d'éminents représentants des professions d'avocats et de juristes d'entreprise, le conseil en recrutement que je suis ne peut s'empêcher de prendre position, es qualité de témoin à ce futur mariage, bien entendu.

Il me semble que la position d'observateur du marché juridique et fiscal favorise la prise de recul nécessaire permettant d'avoir une vision comparative et prospective des enjeux en présence.

Au-delà des arguments théoriques et déontologiques magistralement développés par les orateurs en présence, une seule question me vient à l'esprit : y a t-il une alternative ? Ce mariage n'est-il pas la seule solution, et sans plus tarder ?

Si nous continuons à cultiver l'exception française en matière de rapprochement des 2 branches de la même famille des juristes, il n'y aura plus qu'à attendre que des décisions européennes viennent s'imposer naturellement au législateur, avec le risque de la transposition brutale d'un modèle dominant.

Entre-temps, beaucoup auront peut-être fait le choix du "forum shopping" européen, soit en allant s'établir en qualité d'avocat à Londres ou à Bruxelles, soit en tant que juriste d'entreprise dans un pays où la fonction sera réellement reconnue.

Parce que d'une part, le droit des affaires (qui est à mon avis l'objet essentiel de ce débat) est désormais transnational et non plus seulement domestique, et que d'autre part, les mobilités professionnelles se font plus facilement d'un pays à l'autre, avec l'anglais comme passeport.

Par ailleurs, cette division bien française me semble être la cause du retard pris par les 2 professions en terme de reconnaissance et de rémunération (par rapport à nos voisins, en particulier anglais).

Quelques chiffres : les avocats sont 2 fois plus nombreux (et prospères) en Grande-Bretagne (et pas seulement dans la City) qu'en France.
De plus, les juristes d'entreprise anglais sont davantage de mieux en mieux placés et rémunérés dans leur entreprise que leurs homologues français. Et il en va de même pour les allemands, les belges et les hollandais (avec des écarts de 20 à 30 %)
Nos amis espagnols et italiens ont eux largement rattrapé le retard qu'ils avaient jusqu'à présent. Les juristes des pays de l'Euroland vont pouvoir maintenant aisément se comparer et tendre vers une harmonisation des rémunérations (et des statuts ?)

En France, après 15 années d'expérience du recrutement, j'observe que les juristes d'entreprise ont connu une progression significative de leurs fonctions (rattachement, responsabilités, effectifs) et de leur rémunération de 1985 à 1991, et qu'ils stagnent, en matière de positionnement et de valorisation, depuis une dizaine d'années.

Ce qui n'a pas été le cas dans la plupart des autres pays européens qui nous entourent, au contraire.
Même si cette analogie n'est pas une démonstration mathématique, il est permis de se demander si un mariage il y a 10 ans n'aurait pas contribué à renforcer et enrichir le "ménage" juridique français.

Et comme souvent en France, il faut attendre que Nécessité fasse Loi, alors disons le carrément : il est grand temps de cesser nos querelles gauloises et de faire taire nos esprits de clochers pour créer en France une grande profession du Droit unifiée.

Dans un esprit constructif, voici donc quelques pistes concrètes d'un "Ingénu voltairien" (pour reprendre l'expression d'un orateur) que je laisse à l'appréciation des lecteurs avertis :
  • Projet de loi au Parlement français sur le principe et les conditions du rapprochement Avocat/Juristes d'entreprise.
    Lobbying auprès de la Commission de Bruxelles en faveur du rapprochement des professions au plan européen.
  • Concertation avec le MEDEF sur le statut du Juriste d'Entreprise.
  • Passerelle autorisant le passage des juristes d'entreprise vers le Barreau ramenée de 8 ans à 4 ou 5 ans (comme l'a suggéré le Professeur CATALA, le principe de la passerelle étant maintenu quelle que soit l'issue du projet de rapprochement).
  • Réflexions et propositions sur la formation des futurs avocats, de manière à ce que l'examen du Barreau revête une dimension plus proche des besoins des acteurs du monde juridique (cabinets et entreprises).
  • Calendrier à fixer : 1 an pour se marier, à compter des fiançailles (rendez-vous en 2003 pour la célébration ?).
Et ce sera à n'en pas douter un mariage heureux, dans lequel l'affectif et la raison seront réunis pour le meilleur....


Date de dernière mise à jour : 08/01/2009 - 3:10 PM


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